Composites: Ford, un précurseur réduit au silence

 

 

Texte: ©Jos&Meve2004 – Photo tableau ©Meve

 

Le 'Popular Mecanics Magazine' décrivait en décembre 1941 une voiture expérimentale, créée trois ans plus tôt par la 'Ford Motor Company'. La carrosserie avait été réalisée en plastique composite, un matériau contenant 70 pourcent de fibres végétales, principalement extraites du chanvre. Quatorze panneaux de ce 'plastique' d'une épaisseur de 3 mm environ étaient assemblés dans une structure métallique pour former la voiture.

 

La résistance de cette matière en cas de crash se révélait dix fois supérieure à celle des carrosseries en tôle. Quant au poids total du véhicule, il était réduit de 30 pourcent. Sa commercialisation devait démarrer en 1943.

 

A cette époque se développait également le moteur Diesel, conçu pour fonctionner aux huiles végétales dépourvues de soufre. Avec cette deuxième innovation, un avenir royal semblait promis au chanvre.

 

Pourtant, la création d'Henri Ford a été mal reçue par les industriels pétroliers américains étant donné l'impact politico-économique qu'elle représentait, c'est-à-dire une sérieuse concurrence sur leur propre marché.

 

De fait, différentes lois destinées à étouffer le projet dans l'œuf se sont succédées, promulguant l'application de taxes exorbitantes. Cette législation a été fixée notamment sous la pression de Du Pont de Nemours (General Motor, producteur du Nylon), d'Andrew Mellon (Ministre des Finances, en cheville avec Du Pont dans les affaires), de Randolph Hearst (détenteur de différents médias et de forêts productrices de papier) ainsi que de Harry Anslinger (Directeur Général du FBN, le bureau fédéral chargé de l'administration des drogues, appelé aujourd’hui la DEA).

 

Pendant pratiquement un demi-siècle, l'œuvre de Ford est restée au placard. Mais, depuis les années 1990, l'industrie allemande a repris le projet, presque là où il avait été interrompu. Au cours de cette décennie, le Centre de Recherche IAF (Institute of Applied Research - Institut de Recherche Appliquée), à Reutlingen, a pu développer de nouvelles pièces pour voitures contenant des fibres de chanvre. Grâce à la technique du pressage, les composites ont fort évolué. Ainsi, le Centre produit maintenant des éléments d'habillage pour le tableau de bord, les portes, le plafond, le coffre, etc.

 

Mais le chanvre est aussi entré dans d'autres champs d'application où ses performances ont permis l'amélioration de certaines pièces. Les blocs de freins, par exemple, sont rendus plus résistants par l'adjonction de fibres. Il en va de même pour des parties d'embrayage et pour les compartiments des Airbags. Dans cette dernière application, le plastique de chanvre est particulièrement intéressant parce que, en cas d'accident, il ne produit pas d'éclats potentiellement dangereux. De plus, il résiste bien au feu, un avantage non négligeable sur les matériaux traditionnellement utilisés.

 

Actuellement, de nombreux constructeurs de voitures allemandes utilisent le plastique composite. Parmi les marques connues, Mercedes, Daimler Chrysler, Saab, Opel, BMW, Audi, Volkswagen,… et Ford! en sont équipées.

 

 

Tableau de bord en composite de chanvre de HempFlax    

 

Il y a encore d'autres excellentes raisons pour développer l'utilisation des fibres végétales dans la fabrication des voitures. L'une d'elle est que, à partir de 2004 en Belgique, et 2007 dans toute l'Europe, les constructeurs automobiles doivent reprendre leurs vieux véhicules pour en assurer le recyclage. Par définition, les fibres végétales s'y prêtent mieux que les plastiques réalisés à base de produits pétrochimiques.

 

En outre, les voitures fabriquées avec des composites sont plus légères et donc consomment/polluent moins. Cette prise en considération, tout comme la réduction de la production des déchets, sont cruciales pour la planète... Même si les constructeurs automobiles ne s'en souciaient pas, des lois nationales et européennes finiraient par les contraindre à élaborer des objets moins polluants.

 

(Sources: Hempflax, Dr. Kai Nebel - Institute of Applied Research Reutlingen – 'The Emperor wears no clothes' de Jack Herer)